Citations de Jean-Paul Delevoye (discours ONPES 2009)
15/02/2013 16:35
Des citations de Jean-Paul Delevoye, alors Médiateur de la République, issues de son discours « Les enjeux actuels de l’observation sociale » prononcé lors du colloque ONPES (Observatoire National de la Pauvreté et de l'Exclusion Sociale) du 23 octobre 2009.
Discours disponible sur le site suivant :
https://www.onpes.gouv.fr/IMG/pdf/Jean-Paul_Delevoye.pdf
- La cohésion autour de règles communes et de valeurs partagées, qui fondaient le sentiment d’appartenance à une communauté, avec ce que cela suppose de solidarité et de responsabilités, a été remplacée par un modèle « consumériste » de la société. Aujourd’hui, on consomme la République. Chacun veut pouvoir protéger son statut, son confort, sans être dérangé ni importuné par l’autre.
- […] chacun souhaite une résolution plutôt normative, donc collective : on devient très exigeant à l’égard du collectif et du service public, ce qui permet de soulager sa conscience sans être taxé d’égoïsme. En effet, plus on exige une réponse de l’Etat, moins on se sent responsable d’agir individuellement : il y a une certaine hypocrisie à demander de plus en plus au secteur public, pour mieux se défausser en fait de ses responsabilités individuelles.
- A partir du moment où on quitte le champ des espérances collectives, on ouvre la porte à ceux qui exploitent et manipulent les peurs et les humiliations : les peurs de l’étranger, du chômage, de la rupture sociale. […] Quant à l’humiliation, elle est présente dans les politiques publiques lorsque l’on attribue des aides non pas en fonction du potentiel de chacun, mais en fonction de son échec.
- […] l’éveil de nos consciences n’est plus le fait de convictions personnelles, mais d’émotions médiatiques.
- Les mécanismes d’exclusion se renforcent alors que les mécanismes d’inclusion se grippent.
- Comment faire en sorte que nos outils de socialisation permettent à chacun, selon son statut, de s’enrichir au contact de l’autre ?
- Comment retrouver la dimension culturelle de l’attention que l’on doit porter à l’autre, quelle que soit sa situation de précarité ou de pauvreté ?
- Aujourd’hui, l’homme vaut plus pour ce qu’il dépense que pour ce qu’il pense.
- Le drame du 21ème siècle repose sur un paradoxe redoutable : nous allons de plus en plus vivre en présence de l’autre, et au même moment nous sommes en train de découvrir la plus grande pauvreté : l’isolement.
- […] nous sommes confrontés à un défi culturel consistant à donner un sentiment de responsabilité individuelle et collective à l’accompagnement des personnes en difficulté. Dans le cadre de mes services, nous constatons, alors que la loi est supposée protéger le fort et le faible, qu’elle peut au contraire pénaliser le faible qui ignore ses droits. Sur les 70 000 dossiers que nous recevons chaque année, plus de la moitié portent sur des demandes d’information sur les droits.
- Il est intéressant de savoir que les Allemands se sont appuyés sur les femmes turques pour favoriser l’intégration ou que l’Espagne parvient à maintenir sa cohésion, malgré 20 % de chômage, grâce à la famille et aux fêtes.
- Nous sommes dans une société qui a engendré le mépris de soi en isolant les individus dans leurs échecs. Or l’homme méprisé méprisera : le mépris de soi engendre le mépris de l’autre, la violence dans les rapports, et le rejet de l’autre. C’est sur de telles mécaniques qu’il est intéressant de réfléchir.